Aujourd'hui, je vais t'ouvrir mon petit coeur Chamallow pour te parler un peu de mon histoire.
D'abord parce que je crois que ca peut aider des personnes qui se sont retrouvées dans ma situation, mais aussi comme exutoire. parce que la douleur est toujours là.
 

Story Time : Apprendre a revivre après une agression

Lorsque j'avais 15 ans, j'étais une jeune fille épanouie, j'avais des amis, j'aimais ma vie. J'étais une élève un peu distraite parce que je dessinais tout le temps, mais j'avais de très bons résultats.

Ce qui m'est arrivé le lundi 26 mars 2001 a bouleversé toute ma vie et l'impacte encore aujourd'hui, 16 ans plus tard ...
C'est parce que la date anniversaire approche et que toutes les mauvaises pensées associées reviennent que j'ai eu envie de t'en parler.

Comme je te le disais, je n'avais aucun a priori sur les gens et j'avais des amis dont leurs origines, leur religion ou appartenance à une quelconque communauté m'était complètement égal. Je les aimais pour ce qu'ils étaient, le reste n'était pas important à mes yeux.

C'est pourquoi j'avais sympathisé avec deux frères issu de la communauté des gens du voyage. On s'adorait, ça faisait des mois qu'on "traînait" ensemble au collège, alors que nous étions en 3ème.
 

Ce matin là, mon père m'a déposé au collège comme tous les matins, et ma seule préoccupation était de trouver un endroit discret pour aller fumer sans que mon père ne puisse me surprendre si l'idée de revenir lui passait en tête.
Ca lui arrivait parfois parce que justement, mes parents avaient des doutes sur le fait que je fumais.

Je me suis donc dirigée instinctivement vers un endroit calme que je connaissais bien, mais pas non plus isolé, des pavillons étaient sur le trottoir juste en face. C'était devant la porte du gymnase qui une fois de plus était resté ouvert tout le week end.

Quand j'ai vu mes amis arriver, je ne me suis pas posée de questions, nous avions l'habitude de nous faire la bise et lorsqu'ils m'ont présentés 4 amis à eux ce matin là, je ne me suis pas méfiée non plus.
Il faut dire que les visages m'étaient familier. L'un d'eux était également dans mon collège mais on ne se côtoyait pas vraiment.
Un autre venait d'un quartier peu recommandable de la grande ville voisine, mais je l'avais déjà vu autour du collège. et enfin, les deux derniers étaient de leur famille, leurs cousins.

Les 6 ont commencés a discuter avec moi et plaisanter, c'était bon-enfant, on se marrait bien dans le fond.
Quand j'ai écrasé ma cigarette, il y a eu un blanc. Ils se sont regardés et sans que j'ai eu le temps de réagir, ils m'ont entraîné à l'intérieur du bâtiment du gymnase.

Prise en otage entre leurs mains, j'ai tenté de me débattre mais j'ai vite compris que c'était inutile tant ils étaient plus forts que moi. Je pesais a peine 38 kilos...

Allongée sur le banc du vestiaire des filles, j'ai subi leur pénis dans mon intimité, les 6.

Story Time : Apprendre a revivre après une agression

Je me suis sentie terriblement seule et je ne pouvais rien faire d'autre que pleurer et attendre que ça passe, les yeux clos et l'âme en miette.

Faut-il vraiment rentrer dans les détails ? Je pense que tu peux imaginer ce qu'il s'est passé sans que les mots qui me font tant souffrir se posent sur le clavier. Il faut juste que tu saches que c'était ma première fois. Voilà.

Ce dont je voudrais surtout te parler, c'est "l'après".

L'après direct, mais aussi l'après de maintenant.

Tu vois, déjà, je me suis rhabillée parce qu'ils avaient malgré tout respecté mes vêtements, et je suis sortie titubant.
Je suis montée dans le premier bus allant dans la grande ville voisine, et je me suis assise en bord de Loire toute la journée, j'ai regardé l'eau couler.
Je sentais l'urine, parce que je ne t'ai pas dis, mais l'un d'entre eux a poussé l'humiliation jusqu'à m'uriner sur le ventre pour me faire comprendre que je n'étais rien.

Je l'ai longtemps pensé, que je n'étais rien. Je le pense même encore parfois aujourd'hui.

Lorsque l'heure à laquelle mes parents devaient venir me chercher approchait, j'ai du reprendre le bus. Mes parents ignoraient que j'avais séché les cours toute la journée. j'avais cruellement mal au ventre et on voyait que j'étais mal, alors je leur ai menti. Je n'ai pas su dire la vérité. C'est comme si c'était irréel, et que le dire rendrait tout ça réel. J'ai donc dis qu'il y avait eu une bagarre au collège et que j'avais pris des coups de pieds dans le ventre qui ne m'était normalement pas destinés.


 

Story Time : Apprendre a revivre après une agression

Une fois rentrée chez moi, je suis allée directement dans la salle de bain et j'y suis restée plusieurs heures. jusqu'au diner, en réalité.

Je me suis lavée des dizaines de fois, j'avais l'impression d'être salie de l'intérieur. Rien n'y faisait. Et j'avais l'impression de "sentir". Je ne sais pas quoi, je ne sais pas quelle odeur, mais ce sentiment était vraiment frustrant parce que quoique je fasse, j'avais l'impression que jamais je ne pourrais m'en débarrasser.

Il aura fallu un mois et des journées entières sans aller au collège, de peur, pour que je parle enfin à ma mère.
J'avais été menacée avec couteau sous la gorge entre deux cours dans un couloir, a base de "si tu parles je te butte".

Alors oui, j'avais peur.

Lorsque j'ai enfin parlé, ma mère m'a emmené déposer plainte mais la gendarmerie de laquelle on dépendait n'avait pas reçu de formation pour traiter ce genre de plainte. Ce qui fait que question pédagogie, ca a été l'enfer.

Après ca, des mois de procédures ont suivies et le tout ayant mené à un non lieu. Je me sens encore victime aujourd'hui.

Pourquoi l'impact est encore visible dans mon quotidien ?
Parce que je pense toujours qu'il aurait été mieux pour moi qu'ils me tuent après "ça". Parce que vivre chaque jour avec le sentiment d'être dans un corps qui ne nous appartient pas est cruel. Et je crois que jamais je ne me remettrais de cela. Il m'arrive encore très souvent de vouloir m'envoler parmi les anges ....

 

Story Time : Apprendre a revivre après une agression

Lorsque je suis seule chez moi, je suis constamment angoissée et quand je marche dans la rue, seule ou non, je me retourne trop souvent pour vérifier que personne ne me suit.C'est instinctif, ancré dans mon quotidien....
J'ai également peur du noir. Il me faut un point lumineux qui éclaire suffisamment la pièce dans laquelle je dors sinon, impossible de trouver le sommeil. Et en parlant de sommeil, je fais toujours le cauchemars ou je revis cet instant. Même encore aujourd'hui.

Sexuellement aussi ma vie à été bouleversée. Pendant longtemps, je ne me suis pas respectée et j'ai donné mon corps assez facilement parce que je considérais que de toute façon il ne m'appartenait plus. Puis j'ai eu une phase ou j'ai voulu faire souffrir chaque homme que je rencontrais. Je n'avais pas d'intimité avec mes copains et j'attendais qu'ils soient vraiment attachés à moi avant de les larguer comme une malpropre. Je ne pouvais pas aimer.
Puis je suis tombée enceinte, ce qui m'a conduit à une relation de 6 ans avec un homme qui m'a donné un deuxième enfant, puis qui m'a frappée a plusieurs reprises a cause de l'alcool, on en reparlera de ca ...
Puis une autre relation de 4 ans destructrice parce qu'il était accro à son ordinateur et aux jeux vidéos. Il m'a d'ailleurs un peu entraîné la dedans.
 

Story Time : Apprendre a revivre après une agression

Et je suis aujourd'hui en couple avec mon compagnon actuel qui me redonne foi en l'amour chaque jour.
C'est étrange parce nous avons été amis très longtemps avant de nous mettre en couple et ca a vraiment facilité nos échanges. Parce qu'il sait tout de moi c'est facile d'être honnête. Il a quelque chose que je n'ai jamais donné a personne depuis mon agression : ma confiance.

C'est précieux parce que j'ai pu lui dire que je n'avais jamais été une "vraie femme". Je crois que c'est mon agression qui m'a rendue femme-enfant et qui fait qu'aujourd'hui, avoir des responsabilités sur mes épaules est quelque chose de compliqué.
Il sait également que j'ai toujours simulé avant lui. Et la confiance que je lui apporte m'a permis de découvrir mon intimité, ma féminité, et le plaisir. Ce que je ne connaissais pas.

Tout ca pour quoi ?
Pour te dire que si tu rencontres un jour une femme torturée (ouun homme hein ... je suis pas sexiste xD) ne juge jamais de ses faiblesses. Ne le prends pas pour quelqu'un de lâche parce que je te promets que quand tu vis une telle expérience, et dans mon cas celles qui se sont ajoutées avec le temps, parfois, la vie n'a tellement pas de sens et pas de valeur que tu ne peux juste pas continuer d'avancer.
 

Se lever le matin, c'est encore un combat parce que je dois vivre avec moi même chaque jour qui passe et je te promets que c'est quelque chose d'invivable, presque inhumain.


Et toi, tu partages tes expériences douloureuses aussi ? Comment tu t'en est sorti ? Ca te touche encore aujourd'hui ?

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